FULLSCREEN 04 – Vivre, survivre et mieux vivre ?

kingsley

Vous aimeriez découvrir à la fois le boulot incroyable d’un photographe français primé et persévérant ainsi son reportage le plus poignant et marquant? Alors voici, pour votre plus grand plaisir le quatrième FULLSCREEN, plein de bonnes surprise…

Le reportage

59 photographies couleur de l’agence Sipa Press.

Texte du photographe pour présenter son reportage: “J’ai rencontré Kingsley au Cameroun à l’occasion d’un reportage sur l’immigration clandestine. Ce jeune homme de 22 ans avait déjà tenté l’aventure deux ans auparavant, mais il avait dû rebrousser chemin faute d’argent. Depuis cette tentative avortée, il avait fait des économies et obtenu un important soutien auprès de ses proches. De plus, il était désormais attendu en France depuis que son meilleur ami et ex-collègue, Francis, avait réussi à immigrer légalement en épousant une touriste française. Kingsley était donc prêt à repartir.

Il quitte son pays en mai 2004 et traverse, en toute illégalité, le Nigeria, le Niger, franchit le désert du Sahara pour entrer en Algérie. Enfin, il atteint le Maroc. Là, après trois mois d’attente et deux séjours en prison, il embarque sur un esquif de fortune fourni par des passeurs, en compagnie d’une trentaine d’autres clandestins, pour rejoindre les îles Canaries.

Six mois après son départ du Cameroun, après avoir changé cinq fois d’identité et trois fois de nationalité, il touche enfin la terre européenne… escorté par des membres de la Guardia Civil.”

Kingsley’s Crossing est une version “grand luxe” du reportage photo d’Olivier Jobard. Un version audio mais aussi avec juste ce qu’il faut de vidéo. Mais je ne vous en dis pas plus et vous laisse découvrir tout ça ici.

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Le photographe

« Montrer ce que l’on n’a pas l’habitude de voir. Quitter la meute des journalistes. »

Olivier Jobart… mon nouveau héros moderne. Né en 1970, vit et travaille à Paris. En 1991, l’école Louis Lumière lui propose un stage de fin d’étude à l’agence SIPA PRESS. A partir de 1992, il se rend à plusieurs reprises en Croatie et Bosnie pour couvrir la chute de la fédération yougoslave. Depuis, l’actualité internationale l’entraîne en Haïti en 1994 pour la destitution de Général Cedras, en Tchétchénie en 1999 avec les rebelles de Chamil Bazaiev, en Afghanistan à plusieurs occasions avec le Commandant Massoud et ses hommes, en Sierra Leone, Liberia, Côte d’Ivoire, Irak… En 2000, il se rends à Sangatte pour une commande d’un magazine. Depuis, il suit les réfugiés en Angleterre.

C’est la discrétion du photographe dans le reportage Kingsley Crossing qui m’a marquée et qui m’a donnée envie d’en savoir un peu plus sur lui. Il se présente autant journaliste que photographe et s’explique ainsi: “Je veux, avant tout, raconter une histoire. Pour moi, une photo isolée, même de qualité exceptionnelle, ne suffit pas”.

O. Jobard s’exprime sur la relation qui s’est créée avec Kingsley durant les mois de traversée et donc du reportage:

“Au début, notre relation était basée sur l’intérêt commun d’aller le plus loin possible dans notre entreprise. Lorsqu’il m’a proposé d’être présent quand l’un de ses amis lui remettait de l’argent, j’ai tout de suite compris que j’étais sa caution morale. Plus tard, il m’a demandé de garder sur moi tout son pécule pour ne pas être volé lors des différents passages de frontières. J’ai accepté, sachant que si je gardais ses économies, il ferait tout pour me retrouver en cas de séparation.

Des liens plus profonds se sont tissés progressivement, au fil des moments forts que nous avons partagés. Une confiance presque inébranlable s’est installée. Ce que nous avons vécu ensemble et le respect mutuel que nous éprouvons nous engagent indéfectiblement l’un envers l’autre. Je reconnais que j’ai très souvent oscillé entre le rôle d’observateur et celui d’acteur au cours de cette histoire, ce jusqu’à l’obtention du titre de séjour de Kingsley. Parce qu’il avait confiance en moi, il a permis d’être exposé dans les journaux alors qu’il était encore clandestin. Je lui ai expliqué que cette médiatisation pourrait éventuellement lui permettre de constituer un dossier solide pour décrocher une dérogation. C’est ce qui s’est produit. Aujourd’hui, il vit en France tant bien que mal.”

Vous pouvez retrouver ce reportage en livre aux éditions Marval

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