Ils n’ont pas connu le soviétisme – 02

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ANECDOTE OUZBEK 02

Qui aimerait passer quelques nuits à 30 mètres de la frontière afghane dans une famille de pianistes ?

Cette anecdote est un souvenir doux, un peu surréaliste et totalement inoubliable. Alors que je suis à Termez, dans le sud de l’Ouzbekistan (ville interdite d’accès aux touristes selon les autorités et certains bouquins mais pour laquelle, par chance, je n’ai pas eu de soucis) je suis hébergé par un père de famille qui vit avec ses deux filles et ses parents.

La nuit tombe et la température descend rapidement, les 35°C de la journée s’effacent pour atteindre un petit 9°C. J’ai passé l’apres midi avec Alisher (42ans) et son cousin Farhad (40ans), ils m’ont promené un peu partout et surtout à l’extérieur de la ville, le long de la frontière afghane, c’est donc fatigué et heureux de ma journée que je rentre au frais. A notre arrivée, ses deux filles, 12 et 15 ans, nous attendent avec leur grand mère, le repas est prêt, soupe chaude au riz et carottes, du raisin, des grenades et comme toujours en Ouzbekistan, du thé vert ou noir au choix. La maison est récente, la pièce n’est pas encore finie et les plafonniers n’ont pas encore d’ampoules, des bougies et une lampe de chevet éclairent la scène. Je mange seul, Alisher s’est installé au piano, il joue avec passion du Bach, Queen, les Beattles ou tout autre truc qui lui passe par la tête et il rigole quand il ne chante pas. La plus petite de ses filles, dont j’ai oublié le prénom, s’est assise dans le gros fauteuil du grand-père et joue a cache-cache avec moi alors que je prends des photos de son père.

L’ambiance est incroyable, la lumière est douce, la musique joyeuse, les temps sont calmes et tout le monde se réjouit de cela… mais à quelques mètres seulement de ce lieu de bonheur et de réelle insouciance il y a l’Afghanistan et ses peurs… Depuis l’arrière de la cour je peux voir les barbelées et la bande de terre qui délimitent les territoires afghans et ouzbek. Imaginez la scène, le piano, les chants, les enfants, le thé chaud et ce beau paradoxe de 30 petits mètres qui font toute la différence.

Photo: Sandro di Carlo Darsa

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