Un avis de spécialiste…

Professeur à l’université Paris-VII, Marie Holzman est la présidente et fondatrice de l’association Solidarité Chine. Pour le Journal du Dimanche, elle analyse la situation de l’Empire du Milieu, qui ,selon elle, ambitionne de montrer qu’il est une grande puissance grâce aux Jeux. “Aujourd’hui, c’est du domaine de l’illusion“, estime-t-elle.

Quel message la Chine cherche-t-elle à envoyer au monde travers les Jeux de Pékin?
C’est le même que celui qu’elle souhaitait envoyer dès 1993, quand elle a fait sa demande d’obtention des Jeux: montrer qu’au XXIe siècle la Chine est redevenue une grande puissance, voire la première puissance mondiale. Dans les années 1990, cela tenait du rêve. Les autorités disaient cela sans être convaincues d’y arriver. Aujourd’hui, c’est du domaine de l’illusion. Ils sont convaincus d’y être pratiquement parvenus, sauf que la Chine n’est pas encore une grande puissance. Elle l’est peut-être sur le plan économique, et encore… Mais une grande puissance se doit surtout d’avoir un projet d’avenir de dimension mondiale, une vision non paranoïaque et claire de son rôle. Pour le moment, ce n’est pas le cas en Chine.

Sur le plan intérieur, comment le pouvoir utilise-t-il cette olympiade?
La légitimité que va lui donner la tenue des JO sera énorme. Pour contrôler le peuple, les autorités chinoises usent de deux méthodes: l’une est fondée sur l’intimidation et la répression. L’autre sur les signes de légitimité qui viennent de l’extérieur. Il est ainsi très important pour le gouvernement, qui n’est pas légitime puisqu’il n’est pas adoubé par la population, que les chefs d’Etat occidentaux viennent à la cérémonie d’ouverture.

Est-il naïf de croire que ces JO peuvent participer à une ouverture du pays?
C’est un leurre absolu. La venue de milliers de journalistes étrangers ne va rien changer au quotidien des Chinois. Au contraire, la perspective des Jeux a déjà entraîné une nouvelle fermeture du pays, notamment par la mise en place de nouveaux règlements qui restreignent encore plus les libertés et gênent la vie quotidienne. Les provinces autour de Pékin ont par exemple été obligées de céder une grande partie de leur eau pour embellir la ville. Au risque de voir la désertification s’accélérer dans ces régions. En fait, les JO sont un mirage que le pouvoir fait miroiter aux Chinois, en leur disant qu’ils méritent tous les sacrifices.

La population dans sa majeure partie semble toutefois adhérer au projet…
Ce consensus est inévitable puisque depuis quatre ans les Chinois n’entendent parler que de ça. On leur a lavé le cerveau. Mais ce consensus reste superficiel. Il y a une partie de la Chine qui ne peut souscrire à ces Jeux: ceux qui ont été expropriés, ceux qui vivent dans une très grande misère et qui observent le décalage énorme entre les sommes dépensées pour les infrastructures et les faibles retombées économiques dont ils bénéficieront.

Même si le régime n’a pas changé dans sa nature, la société chinoise, elle, n’est-elle pas plus ouverte sur le monde?
Je ne le pense pas. Depuis des années, le gouvernement exploite à fond le thème du nationalisme: il répète qu’enfin la culture chinoise va s’imposer au monde, que la démocratie est une supercherie. Et la population suit.

Vu sur le JDD. Crédit photo :Mark Ralston / AFP

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