Le reportage d’architecture – 01


On me demande régulièrement en quoi consiste la photographie d’architecture, ce qu’est un reportage d’architecture…
Dans ce premier post je détaillerai les variantes du reportage d’architecture ainsi que ses étapes clefs, un prochain post prendra pour exemple les deux derniers “reportages” effectués, expliquant les choix, les aléas et les petits bonheurs.
INTRODUCTION
Le reportage d’architecture est le fruit du démarchage ou d’une commande directe. L’architecte a besoin d’images pour sa communication comme chaque entreprise : portfolio pour les concours, book de l’agence comme références… De plus une multitude de magazines spécialisés et faisant références, selon les domaines, réalisent des articles sur les derniers projets remarquables ou dans l’air du temps mais demandent le plus souvent les photos directement aux agences d’architecture. Ainsi l’architecte souhaitant se faire publier doit avoir un fond photographique de qualité pour chacun de ses projets…




VARIANTES
La photographie d’architecture touche à plusieurs disciplines photographiques et permet parfois de mêler :
- la photographie commerciale comme pur élément de communication. C’est la phase obligatoire pour tout type de projet, il faut promouvoir le savoir-faire de l’architecte. Vues d’ensemble du projet, connaissance technique et matériel spécialisé mais peu de marge de manœuvre pour le photographe.
- la photographie “d’art”. Abstraction, liberté et véritable moment de plaisir pour le photographe qui va faire ressortir ce qu’il perçoit du projet, ambiance, détails… Ce type de demande est moins courant mais si l’architecte a eu la chance de pouvoir travailler précisément des éléments alors il y aura matière à photographier. Il devient alors intéressant de jouer avec sa propre sensibilité sur ces “sujets” offerts.
- la photographie de reportage. Cela arrive rarement mais c’est la partie la plus intéressante selon moi, la plus proche de la photographie documentaire. Cela apporte beaucoup à la compréhension d’un lieu et permet de mettre en valeur les volontés sociales et/ou fonctionnelles dans le projet de l’architecte.




ÉTAPES
Une fois que la commande est passée, prenons ici l’exemple d’une commande classique de photographies “commerciales”, il reste quelques étapes avant de délivrer les images finales au client (la durée de chaque étape varie énormément d’une agence à l’autre et d’un projet à l’autre) :
1. Comprendre le bâtiment à partir des plans, images 3D et des photos de chantier ou des centaines de photos de visites par l’architecte. Étant moi même architecte, ce point ne pose pas de soucis mais il sera parfois peu aisé d’avoir une vue d’ensemble d’un bâtiment pour celui qui n’a pas l’habitude de lire un plan d’architecte. Cette étape est cruciale puisque c’est ainsi que vous choisirez les meilleurs moments de la journée pour vous rendre sur les lieux, une façade éclairée, un balcon dans l’ombre… tout est question de lumière et d’ombres.
2. Connaitre les points importants pour l’architecte, savoir ce qu’il aimerait mettre en valeur et ce qu’il souhaiterait “oublier”. Encore une fois cette étape est facilité par ma formation d’architecte, le dialogue est facile, le vocabulaire et les conditions de travail sont connues. Il me semble que bon nombre de photographe non initiés à l’architecture négligent cette étape à cause des spécificités techniques et du “milieu” qu’il faut avoir aperçu ou côtoyer au moins durant les cinq ans d’études. Cette phase devient souvent une longue discussion passionnée sur le métier d’architecte et sur ses évolutions et contraintes…
3. Obtenir les accès complets au projet construit, autorisations et autre sésames. Pas toujours évident lorsque le bâtiment est une co-propriété, lorsque le gardien est injoignable depuis trois jours ou lorsque c’est une usine sécurisée. Il faut parfois être un peu insistant, l’architecte passe une commande mais il a terminé son travail puisque le projet est livré, il est déjà passé à autre chose et vous n’êtes pas sa priorité, surtout pour des clefs ou le simple numéro de la personne à contacter.
4. Se rendre sur les lieux. Si vous avez de la chance le métro ou tout type de transport en commun vous dépose au coin de la rue. Suivre l’architecte lors de sa prochaine visite est un bon moyen d’en savoir plus sur le projet et d’y aller. Sinon à vous de trouver le moyen de transport adéquat pour vous et vos sacs de matériel photo. En général le projet est livré donc facilement accessible en voiture ou scooter.
5. Trouver les points de vue est la première étape sur le site. Si la lumière a été suffisamment étudiée avant de venir alors il “suffit” de trouver le cadre idéal. Ce n’est pas parce que vous avez le droit d’accès au bâtiment que tout vous est permis, il faudra alors faire preuve de patience, de ruse et parfois même d’un peu de gymnastique pour accéder au meilleur “spot” pour placer votre trépied. Si certaines vues sont parfois imposées par l’architecte vous transformant en “pousseur de bouton” il reste généralement l’ensemble du travail à créer ! Libre à vous d’avoir de l’imagination, d’aller sur le toit de l’immeuble, d’organiser une vue aérienne, d’aller sur le bâtiment d’en face pour lequel vous n’avez aucune autorisation, d’escalader la grille qui cache la vue ou plus simplement de négocier avec le gardien de poser les pieds, le sac photo et le trépied sur “la pelouse au repos” qui permet un meilleur cadrage…
6. Nettoyer les photos est obligatoire en photographie d’architecture lorsque vous intervenez sur un projet livré depuis plusieurs mois. Cela peut également devenir obligatoire si toutes les conditions météo et/ou les finitions ne sont pas réunies. Tache sur les murs, lampadaires arrachés, peinture non terminée, coulures, pelouse grillée par le soleil ou tout simplement manquante par endroit; il y a toujours quelque chose à nettoyer, à blanchir, à rajouter ou à enlever. On se rapproche de la photographie publicitaire plus que du photojournalisme sans pour autant mentir sur la réalité du projet. En effet les éléments modifiés sont directement liés au temps, un projet pas encore terminé, une commande un peu tardive, un usage prononcé ou des locaux détériorés pour quelques raisons… L’intervention se fait alors sur les détails. N’oubliez pas que la photographie d’architecture fait partie de la communication de l’architecte, ces photos servent à promouvoir un savoir-faire architectural. On est donc bien loin du photojournalisme où les détails du réel sont primordiaux, le projet théorique doit transparaitre dans les photos de la réalisation.
La suite dans quelques jours : deux reportages d’architecture décortiqués… À suivre ! Pour avoir plus d’exemple de reportages d’architecture vous pouvez aller voir par ici.
Photos : Sandro di Carlo Darsa

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