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Photojournalistes, réveillez-vous!
“Lettre d’une iconographe : photojournalistes, réveillez-vous!”
Fin d’un âge d’or ? Temps difficiles ? En cette période de morosité iconographique, et donc photographique, la mode est plus à se plaindre qu’à se poser réellement la question de la pertinence et de la qualité des sujets. Quelques voix s’élèvent pourtant avec justesse pour souligner que ceux qui sortiront du lot le seront par l’excellence. Hors, malgré les récriminations générales des photographes, une chose est sure pour moi, cette excellence n’est plus au goût du jour!
Qu’est-ce qu’être photographe de presse aujourd’hui ? Bien sur savoir présenter son travail de manière à convaincre iconographes et directeurs artistiques, qu’au delà de la qualité de vos images, vous serez fiables, réactifs, pertinents et débrouillards… Mais c’est aussi, et peut être avant tout, être journaliste !
Il est loin le temps où à la sortie d’une conférence de rédaction, on vous appelait pour vous commander un reportage de plusieurs pages… D’autant qu’aujourd’hui, la tendance est plus souvent à l’illustration et au portrait. Si vous souhaitez traiter d’un sujet en profondeur, c’est malheureusement à vous de jouer, en proposant vos idées et synopsis à des rédactions souvent peu imaginatives, afin que l’on vous envoi en commande. Chacun d’entre vous l’aura probablement constaté. Et pourtant…
J’entend souvent les photographes – dans les conférences et autres débats – s’insurger de la piètre qualité de la presse, s’indigner de la progression du people, y compris en politique. Mais bizarrement, le nombre de synopsis ou de propositions de sujets que je vois passer dans les rédactions ne progresse pas, voir même décroît. Quant à leur audace éditoriale, elle est toute relative… Et quand je parle de rédactions, vous pensez peut-être aux grands news magazines, aux quotidiens, mais n’oublions pas la presse spécialisée, la presse professionnelle… Sortons un peu du cliché de la grande presse, toujours plus courtisée que les autres, à tort!
Autre constat : les sujets autoproduits sont de plus en plus nombreux. C’est courageux et risqué
certes, mais la prise de risque est rarement à la hauteur du résultat! Des sujets vus et revus. Non qu’ils manquent d’intérêt, mais sans angles nouveaux ou pertinents! Si j’en crois la production photographique qui est passée sous mes yeux en 2007, les problèmes de société se résument aux sans papiers (Cachan, Calais…), aux enfants de Don Quichotte, aux manifs d’étudiants et de lycéens, et désormais – la dernière mode – aux problèmes environnementaux. Tous traités comme une actu chaude, souvent un simple constat photographique, pas de soucis d’enquête, pas de questionnement au delà de l’immédiatement visible…
Mais où est le journaliste dans ces propositions? Qui s’est intéressé aux causes et non aux conséquences de l’immigration ? Qui a enquêté sur l’impact des conflits récents, l’origine des sans papiers ? Qui, au moment de la présidentielle, s’est rendu sur le terrain pour connaître les conséquences des lois du gouvernement Villepin afin d’entretenir le débat ? Il reste, malgré le contexte difficile, quelques iconographes qui sont prêts a défendre vos sujets auprès des rédacteurs en chefs et chefs de rubriques. Encore faut-il que les propositions soient bonnes!
Trop de photographes se contentent d’assurer la prise de vue, hors plus que jamais, votre métier ne se résume pas à faire « la » bonne image… Je sais que l’art de l’editing est maîtrisé par bien peu d’entre vous, mais il y a quand même un minimum! Une double d’ouverture pour planter le décor, une photo de fin qui élargit le sujet, mixer photos horizontales et verticales pour aider le maquettiste a projeter la mise en page du sujet. Et évidemment une narration qui tienne la route, sans parler du nombre de photos à présenter! Le bon photographe est aussi celui qui connaît ses faiblesses et sait y pallier. A vous de trouver le ou la partenaire qui pourra vous éditer, vous offrira le recul nécessaire… Mais ce n’est pas à nous au sein des services photos de deviner dans un editing médiocre, ou dans une suite de soixante-dix clichés, la pertinence de votre sujet!
J’en entend déjà certains qui grincent des dents, réfrénant l’éternel discours du photographe qui n’est pas un commercial, que la post production n’est pas son travail… Combien de fois j’ai entendu ce discours ! Pourtant, même Caravage ou Michel Ange devaient convaincre des mécènes, ou Kertész des publicitaires. Hors tous ces commanditaires ne se sont jamais laissés convaincre par une simple bonne idée. Même si cela est contraignant, savoir se vendre – ou vendre ses sujets – fait bien parti aujourd’hui de votre métier! Alors plutôt que de crier à la fin d’une époque, pourquoi ne pas s’appuyer sur une production de qualité et correctement présentée, afin d’infléchir les tendances laxistes de la presse?
J’irais même plus loin : ce qui devrait pousser un photographe à travailler pour la presse ne devrais pas être l’espoir d’en vivre (surtout vu le contexte actuel), mais plus que jamais, la passion pour l’information. Vous devriez avoir dans les tripes, non pas le désir de vendre vos sujets, mais l’absolu nécessité de donner accès au grand public à des témoignages indispensables!
Ceux qui l’ont compris s’en sortent finalement mieux que les autres. Guillaume Herbaut, par exemple, qui a financé ses séries sur Tchernobyl ou Hiroshima grâce a des commandes en corporate, afin de pouvoir travailler en toute liberté, sans attendre éternellement le bon vouloir de la presse. Ce qui lui a valu, après coup, une grande visibilité grâce aux prix, bourses et expositions. Et une côte certaine dans de la presse, suiveuse et peu disposée à l’audace. Autre exemple, l’engouement pour l’excellente revue XXI (malgré son coût) est bien la preuve que qualité rime avec succès éditorial.
A vous désormais de défendre ces valeurs, d’aller chercher au fond de vous même cette foi nécessaire au journaliste, et de réveiller votre professionnalisme. J’en suis impatiente.
Camille Pillias, iconographe free-lance et journaliste, co-fondatrice du JDL (lejdl.info)
Ceci est un copier/coller d’un article publié par FreeLens le 25 août 2008 dans la rubrique Métiers de Photojournalisme.fr.
Photo: © Erika Larsen/Redux, from Young Blood
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