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Le projet oublié de Le Corbusier

Voici le projet perdu mais retrouvé récemment… Et ce n’est pas vraiment un projet 100% Le Corbusier… Je m’explique :

Le Gymnase, dessin de Le Corbusier. ©SketchPlanet

Le Corbusier a écrit un jour “Bagdad est au bout du monde”…

Dans les années 1950, de nombreux architectes de renommée internationale sont appelés pour travailler sur le renouveau de Bagdad (ville alors prospère grâce au pétrole). Le Corbusier, Gropius, Venturi, Ponti ou encore Lloyd Wright sont appelés.

Le projet de stade/gymnase appartient à un plus grand ensemble, “La cité du sport” imaginée par Le Corbusier mais qui tombera dans l’oubli suite à l’échec de l’organisation des Jeux Olympiques à Bagdad en 1960… Ce projet initial comptait alors un stade de 50 000 places, un autre de 3500 places, un amphithéâtre à ciel ouvert, des terrains de sports et une piscine olympique… Le site change de nombreuse fois et, finalement, c’est le plan d’urbanisme qui se voit diminué pour se limiter au seul gymnase.

Avec la mort de Le Corbusier en 1965 et la révolution de 1958 (assassinat du Roi et fin de la monarchie) le projet a été mis en suspend… C’est en 1957 que les premiers plans sont soumis aux autorités irakiennes mais il faudra attendre jusqu’en 1982 pour que Saddam Hussein lance le chantier et fasse couler les premiers mètres cube de béton avec l’aide d’un associé de Le Corbusier, Jean-Marc Presente.

Baghdad Gymnasium est situé à l’est de la capitale irakienne (AFP/File, Sabah Arar)

Pour le sport irakien ce stade est une symbole, lieu mythique des compétitions et des succès sportifs d’autrefois. Depuis 1982, les guerres et le temps on eu raison du béton cher à Le Corbusier et une restauration devenait nécessaire pour conserver cet héritage architectural. En 2003-2004 c’est le renversement de Sadam Hussein et le gymnase devient le lieu d’hébergement de troupes américaines. Des modifications sont alors apparues, le toit ouvert est fermé par un faux plafond, les sièges sont peints de couleurs vives et de nouvelles constructions bouchent la perspective générale du gymnase… Aujourd’hui le projet entame une nouvelle vie, celle de la restauration, aidé par la France.

Rifat Chadirji, via Artinfo

Selon l’AFP c’est en 2005 que ce projet a été “redécouvert” par Caecillia Pieri qui travaillait alors sur l’architecture moderne locale pour sa thèse.

Comment est-il possible qu’un projet de Le Corbusier, réalisé de manière posthume soit tombé dans l’oubli?!  C. Pieri explique simplement : “C’est un travail posthume, et les chercheurs ne pouvaient pas aller en Irak. Ils ne savaient même pas s’il avait été correctement construit, puisqu’ils ne l’avaient jamais vu.”

‘Modulor’ Photo: AFP/ Sabah Arar

Peu de temps après avoir emmener sur place le président de la Fondation, J. Sbriglio, l’édition d’une livre et la mise en place d’un colloque furent décidés pour communiquer sur l’existence du bâtiment. Si ce projet mérite d’être préserver c’est non seulement pour la renommer de son architecte mais aussi parce qu’il représente le changement et l’ouverture d’un pays et son histoire avec l’architecture moderne et occidentale.

Cette restauration n’est cependant qu’une première étape d’après C. Pieiri, le but étant de redécouvrir l’héritage de architecturale de l’Irak…

Image 3d du gymnase © Iraq Art & Architecture’s Facebook Page

(AFP/File, Sabah Arar)

FN : des millions d’électeurs convaincus

Parce que les arguments entendus sont les mêmes, parce que les mots entendus n’ont pas bougé voici un article publié dans Le Monde au lendemain du résultat du premier tour des élections présidentielles française de 2002. Ce texte a été écrit par mon ami et partenaire de reportage Michel Samson après de nombreux films et autres articles sur ce sujet complexe qu’est le Front National.

Rappelez-vous, le 22 avril dernier Marine Le Pen atteint 18,2% des votes et dépasse la barre des 6,4 millions de voix…

 

“Les cinq millions et demi de voix rassemblées par Jean-Marie Le Pen vont peut-être forcer les acteurs politiques et les commentateurs à abandonner enfin le concept rassurant de “vote protestataire”. Le mot est creux parce que les électeurs du FN connaissent parfaitement les grandes lignes du programme de leur candidat, sa personnalité et ses mythes de référence : aucun autre homme politique n’a été autant interrogé, décrit, caricaturé, expliqué que lui depuis quinze ans. L’utopie démocratique qui consiste à considérer tout électeur comme éclairé, qu’il le soit on non dans la réalité, vaut pour eux comme pour les électeurs de Jospin ou de Chirac, qui connaissent souvent moins bien le programme de leur héraut que ceux du FN. De surcroît, depuis 1995, quatre villes sont gérées par l’extrême droite, et les équipes municipales de trois d’entre elles ont été reconduites en 2001 en pleine connaissance de cause, confirmant l’existence d’une extrême droite de gestion.

Ce mot de “protestataire” sert alors à masquer l’essentiel : cet électorat, plus massif le 21 avril que celui du PS, est raciste et xénophobe, au sens ordinaire de ces mots. Raciste, c’est-à-dire considérant que des races, parfois identifiées par la couleur de la peau, parfois par une religion (les juifs, par exemple), sont inférieures à d’autres. Il n’est pas besoin d’outils très performants pour acquérir cette certitude : il suffit de parler avec les dirigeants, les cadres, les militants et les électeurs de ce courant. C’est sur le rejet des Arabes, leur première cible, et de tous les autres étrangers qu’ils sont d’abord d’accord avec leur chef. Le phénomène n’est pas neuf : il traverse toute l’histoire du FN depuis sa création et sa lente implantation.

Ces électeurs sont aussi xénophobes, c’est-à-dire hostiles aux étrangers et prêts à leur appliquer dès que possible des mesures inégalitaires et vexatoires. La préférence nationale que prône Jean-Marie Le Pen est la formule rassurante qui veut traduire en actes ce qui constitue le cœur de sa doctrine. Réserver allocations, retraites et autres prestations aux nationaux revient à voler aux autres une part de ce qui leur est dû : les travailleurs étrangers qui travaillent en France cotisent à la Sécurité sociale, aux caisses de retraite, aux Assedic, payent leurs impôts. De surcroît, en consommant nourriture, essence, cigarettes ou films, ils paient les impôts indirects, TVA et taxes, ce qui leur donne droit aux soins hospitaliers, aux programmes de télévision, aux autoroutes, aux écoles, à la protection policière, etc., que l’on paye avec cet argent. La préférence nationale se propose donc de leur prendre une partie de ce qui leur revient légitimement sans autre raison que le lieu de naissance de leurs parents. L’intense propagande sur ce thème très populaire tend aussi, bénéfice indirect, à exercer une pression forte sur les étrangers afin qu’ils acceptent des salaires inférieurs à la norme locale.

LE RACISME, AU-DELÀ DU FN

Les électeurs frontistes le savent parfaitement, et, par exemple, dans les terres agricoles du nord des Bouches-du-Rhône : les salariés étrangers y travaillent souvent à bas prix pour leurs employeurs – qui votent massivement FN…

Or ce qui est frappant dans toutes les campagnes électorales depuis que le FN existe, c’est que les acteurs politiques, candidats et militants, répondent très rarement sur ce point, central, du programme du Front, préférant en appeler au fascisme ou aux années 1930. A écouter les gens dans une région de forte implantation frontiste, on pressent une raison à cette timidité : le racisme, et sa traduction en mots policés, paraît partagé bien au-delà de l’électorat du FN, et prospère dans tous les courants politiques. Les candidats et les élus préfèrent donc contourner le problème en diabolisant le FN plutôt que d’expliquer avec précision en quoi ce parti est hors du cercle de la République démocratique.

Les responsables politiques sentent aussi, intuitivement, qu’ouvrir cette discussion, c’est ouvrir la boîte de Pandore du contrat républicain à la française, magnifiquement égalitaire dans les textes et devenu obsolète dans sa pratique. En effet, la fiction de citoyens égaux par l’assimilation ne marche plus depuis fort longtemps. Au contraire, les enfants des immigrations qui ont le mieux conservé une partie de leurs traditions, associations, coutumes et porte-parole sont aussi ceux qui se sont le mieux adaptés à la réalité du pays d’accueil. Les Arméniens du Midi en sont un très bon exemple, comme les Polonais du Nord.

La défense abrupte du pacte assimilationniste, très largement partagé de gauche à droite, n’est qu’une forme discrète de l’exclusion des populations les plus récemment arrivées, à qui on refuse des droits élémentaires, comme celui de prier ou d’enterrer leurs morts dignement, et qu’on maintient avec énergie hors du champ de la représentation politique. Les parents de l’immigration arabe ne votent pas, leurs enfants ne sont jamais proposés aux postes électifs : il n’y a pas un seul député à nom arabe dans cette France si républicaine ! D’ailleurs, et comme par hasard, puisque tous les enfants du pays sont censés être des citoyens sans appartenance, tous les présidents de la République depuis 1945 sont blancs et d’origine catholique.

Ce contrat républicain est obsolète parce que son élaboration remonte à la IIIe République et que le cadre de la laïcité date de 1905. La France a radicalement changé de populations depuis : il y a en France des églises, des temples et des synagogues en bonne pierre, et on discute encore de la construction de mosquées. En outre, les questions de souveraineté, qui déterminent aussi le statut de chacun des citoyens dans l’espace français, ont aussi totalement changé de nature. On se demande bien pourquoi, en 2002, la plupart des emplois de la fonction publique sont encore assujettis à la préférence nationale : il y a belle lurette que les fonctionnaires, pour l’essentiel d’entre eux, ne détiennent plus une once minuscule et précieuse de la souveraineté de l’Etat en construction, ce qui justifiait en partie cette exclusion des étrangers. Et si la fonction militaire peut être réservée à des Français, défense de la nation oblige, croit-on que la distribution du courrier doive l’être au nom de cette souveraineté sacrée ?

Répondre à Le Pen sur la préférence nationale force à ouvrir tous ces dossiers, bref à repenser entièrement la République et à sortir de la diabolisation du communautarisme. Cela conduit surtout à déstabiliser un bonne part de la clientèle des partis organisés. Chacun le pressent et préfère donc en appeler au diable plutôt que de risquer ces débats délicats. Malgré la cuisante défaite de Jean Marie Le Pen, ils sont devant nous.”

Michel Samson. Article publié mercredi 1er mai 2002 dans Le Monde. Retrouvez plus d’articles et de textes sur l’extrême droite sur le site de la Fédération des Droits de l’Homme – Toulon

Photo par Sandro di Carlo Darsa durant meeting Front National du 15 avril 2007.

L’UPP vaincra !

“Chaque jour, le travail de photographes est utilisé sans leur consentement…”

“Chaque jour, des photographes travaillent et témoignent de la réalité à travers leur regard. Chaque jour des photographes risquent leur vie pour nous tenir informés.

Chaque jour, des photos sont publiées sur internet, dans des journaux, des livres, des publicités, en y apportant de la valeur.

Mais le photographe continue d’être traité comme s’il ne produisait rien. Son travail n’a plus de valeur. Ce n’est pas qu’il soit mauvais ou que son travail ne vaille rien.

C’est beaucoup plus simple.

Chaque jour, ses photos sont utilisées par des milliers d’individus (presse, éditeurs, publicitaires, communicants) qui font comme s’ils les avaient trouvées par terre.

Avec cette image, nous voulons représenter la réalité économique violente, grossière et irrespectueuse que vivent les photographes.”

Plus d’informations ici.

Il y a cinq ans, j’étais en Birmanie…

BURMA | MYANMAR | New hope

En septembre 2007 éclataient les revendications publiques et la marche “rouge” des bonzes marquait les mémoires dans un occident en mal de connaissance d’un pays alors méconnu : la Birmanie.

Ce voyage a changé ma vie, il m’a donné l’envie d’en savoir toujours plus et d’aller voir, ailleurs, de raconter les histoires des oubliés… J’y étais parti seul, sac au dos et avec mon appareil photo pendant trois semaines, je me suis retrouvé au milieu d’un élan populaire rassemblant plusieurs millier de personnes dans les rues alors qu’un simple rassemblement de plus de 5 personnes était passible de prison… Il fut lourdement réprimé, un photographe japonais y perdu la vie, tué par un militaire. Alors que je repartais dans le dernier avion avant la fermeture temporaire de l’aéroport de Rangoon j’ai vu ce nouvel espoir tué dans l’œuf.  À maintes reprises jusqu’à l’ouverture relative, les élections, la libération de prisonniers puis ces élections partielles (48 sièges disponibles sur 458) Aung San Suu Kyi a été l’icône immuable de l’opposition à la junte. Aujourd’hui âgée 66 ans, elle se présente en personne, libérée mais fatiguée… Cette fois, de nombreux photojournalistes se sont précipités dans ce pays en lente mais réelle mutation…

Réécouter mon interview et les explications du contexte de 2007 pour “L’oeil du viseur” ici.

Retrouver toutes mes photos et reportage sur la Birmanie ici.

BURMA | MYANMAR

Quand une photo de Syrie sort du lot

Dans l’ensemble peu de photos sortent de la Syrie par rapport à d’autres conflits aussi long… Malgré tout, divers sites internet proposent des galeries avec les photos de stringers (photojournalistes locaux travaillant pour des agences filaires type AFP) et les images les plus violentes et sanglantes en émergent. Je ne suis jamais allé en Syrie, je ne comprends pas tous les rouages du conflits et chaque photo que je vois apporte sa pierre à l’édifice de mon ignorance et ça m’agace de plus en plus !

Aujourd’hui je suis tombé sur une galerie de plus sur ce conflit, un panel de photos essayant de donner une vue d’ensemble du problème actuel. Du sang, du courage, des pleurs, un guerre en pleine ville, la guerre d’un pays face à son peuple mêlant civils et soldats… Mais au fond rien de nouveau, difficile de l’avouer, mais rien de neuf ou presque, on connait ces photographies, on condamne les drames puis on oublie face à son écran et à la news suivante.

Sauf une, une seule sort du lot et m’a marqué autrement. Pas de sang ni de larme, pas d’enfant amputé ni d’impact de balles.  C’est une photo à part, bien plus calme qui m’a fait écrire ce post.  Voici la photographie que je retiendrai de ces derniers jours de conflit en Syrie. Elle montre un rebelle armé de la “Free Syrian Army” sur un cheval près de la frontière turque. On sent la pose parfaite et une l’ambiance autre. Voici donc une grande photo loin des clichés de guerre mais tellement proche des clichés des combattants rapportés par tant de photographes européens et américains des précédents conflits en Afghanistan, en Asie du Sud Est ou même en Afrique…

Sans oublier le drame rappelé par chacune des photos prises au sein des conflits par des photographes au courage incroyable je m’arrête aujourd’hui sur celle-ci, aussi simple soit-elle en apparence. Tank contre cheval, les moyens sont adaptés aux possibilités et la vaillance et la détermination dans ce regard en feront, j’en suis sur, une figure moderne du conquérant insoumis, évitons un nouveau Don Quichotte.

Photo par Giorgos Moutafis/AFP/Getty Images

Retrouver la galerie complète ici sur le site du The Atlantic.

Retrouver le travail du photographe Giorgos Moutafis sur son site.