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BPJ 49 – La terre se meurt


Continuons sur la lancée des problèmes climatiques après le FULLSCREEN 10 consacré à la montée des eaux dans l’archipel de Tuvalu. Cette BPJ accuse directement l’Homme, mais lorsque le décors devient sujet et l’homme ne devient qu’une référence il est bon de comprendre les raisons d’un tel choix.

La terre craquelée, ridée et qui se meurt occupe plus des trois quarts de cette photographie, ne laissant que peut de place à l’homme, de dos. Faire passer un sujet inanimé au premier plan et délaisser le sujet vivant est un principe rarement utilisé car il est risqué. On sait qu’une image sans “sujet vivant” n’attire pas l’œil, la photo de nature morte n’est que très rarement publiée dans un journal… En photographie, l’Homme s’intéresse à l’Homme pas aux choses brutes.

Assumer faire une photo comme celle-ci est donc un acte fort, mais la présence de l’homme au centre-haut de l’image n’est pas uniquement là comme excuse ou argument pour une parution (on l’espère). C’est un renversement du sujet, l’homme vieillissant qui tourne le dos à la terre mourante est un symbole encore plus marquant que le simple dédain. Ce refus de voir devient l’élément de référence, il sert d’échelle pour mesurer l’ampleur de la situation. L’homme déshumanisé tourne le dos à une terre en souffrance, humanisée. Il est regrettable de ne pas connaitre le nom de l’auteur de cette belle photographie, pleine de symbolisme et pourtant évidente pour tous. Merci à lui pour cette réussite et pour avoir pu montrer avec un peu de subtilité une des conséquence de notre cher réchauffement climatique…

Le numéro 50 de la Bonne Photo de la Journée arrive à grand pas! Ne le manquez pas, je vous prépare un petit bonus pour cette épisode unique. A suivre dans les jours à venir !

Photo: Un habitant de la région marche sur le sol terreux et sec du reservoir d’eau de Huangyangchuan, Lanzhou dans la province du Gansu en Chine. Reuters, Photographe?

FULLSCREEN 10 – La mer monte

C’est carré, c’est humble et surtout… c’est socio-écolo!

Voilà un reportage photo-audio qui ravira ceux qui veulent en savoir plus sur l’archipel de Tuvalu (problème de montée des eaux). Pour info l’archipel devrait disparaitre vers 2050… il ne vous reste donc plus que 40 ans pour aller voir ces paysages incroyables proches de la Nouvelle Zélande et partager un peu de temps avec les habitants avant leur migration définitive. Mort “naturelle” (et l’Homme dans tout ça?) annoncée d’un territoire tout autant naturel. Les habitants parlent de leur peur, de leur passé et de leur avenir quand le photographe Robin Hammond propose des triptyques de photos au format carré pour réaliser des panorama/portraits magnifique et “propre”. J’adore. La réalisation est sobre malgré les quelques mouvement de zoom qui ne gâchent rien et permettent au contraire de rentrer dans les images et de profiter des détails.

Une belle réalisation de l’agence Panos Picture (“Maman, quand je serai grand je travaillerai pour eux”). A voir ici en plein écran (et en HD), évidemment !

Identité Guynaise 02 – St Georges & Oiapoque

Me voici de retour, bronzé comme un routier (manches courtes) et barbu comme un brigand (un peu sale aussi). Après une première visite “touristique” la semaine dernière, je suis retourné dans ces deux villes que tout oppose, sauf le fleuve. Finalement je n’aurais passé que 3 jours sur place, à marcher sous le soleil (et la pluie…), à rencontrer des gens au hasard et surtout à discuter avec eux pour en savoir un peu plus sur la vie dans ce coin reculé de Guyane et de Brésil.

A St Georges j’ai parlé (parfois par gestes) avec les pêcheurs brésiliens qui réparaient un bateau, avec un autre qui travaillait à réparer son filet ou plus simplement avec un piroguier à l’heure du repas. Une journée de marche sans cesse dans une ville de 3600 habitants fait que l’on vous remarque, et on vous remarque tellement que vous devenez invisible, voilà ce que je voulais. Cette journée, en apparence inutile, m’aura permis de me faire accepter par cette petite ville où tous se connaissent et où tout se sait… La journée suivante les indiens m’ont fait découvrir une partie de leur quotidien, le travail difficile du manioc et sa transformation en kouak (sorte de granulés durs qui se mangent avec tout et parfois rien) mais aussi la joie du partage en famille et de la simplicité des bons moments. L’ambiance que dégage St Georges est pesante avec un gout d’amertume et d’usure. Les photos seront peut être moins dures.

Oiapoque se veut différente, active, grouillante de vie et joyeuse. La pauvreté y règne, mais l’or et tout le business qui tourne autour (revendeur, vendeur d’outils, prostituées) permettent de faire vivre des milliers de personnes accrochées à un bout du monde chaud et humide. La drogue n’est pas visible, la prostitution massive l’est à peine plus et aucune tension n’est perceptible. On m’a pourtant souvent déconseillé de sortir avec mon matériel photo en pleine nuit, je ne les ai pas écouté, pour cette fois mon grigri chinois a fonctionné. L’excitation vivace de cette ville-bidonville tient sur une place publique et autour d’un terrain de football en terre battue, alcool, famille, brochette et musique desuette… J’ai aimé ces moments de trouble quand on rentre seul la nuit sur les routes de terre rouge à peine éclairées, lorsque deux filles vulgaires et bruyantes vous aguichent pour votre argent ou lorsqu’un chien pouilleux vous croise sans aboyé, trop fatigué. Les photos en feront peut être rêver certains pour en faire fuir d’autres.

C’est ainsi que s’achèvent ce compte rendu de début de reportage. Plusieurs sujets ont vu le jour à force de promenade et de rencontre, mais ça c’est encore autre chose… Le sujet principal sur l’identité guyanaise est commencé et c’est déjà pas si mal.

Photo: Eglise de St Georges par Sandro di Carlo Darsa

FULLSCREEN 09 – Sexual Warfare

sexual warfare

Aujourd’hui posez vous, il fait chaud, les nuages sont bas et un orage s’annonce. Un temps idéal pour regarder un reportage fort en émotions et sobrement réalisé.

Comme pour nous prouver qu’il n’y a pas que le NY Times qui soit capable de produire des sujets multimédia de qualité le Sydney Morning Herald propose Sexual Warfare. Le reportage ne comporte pas de scènes visuellement “choc” mais les récits sont surement bien pires.

D’après l’association Aid, dans le Nord Kivu (République Démocratique du Congo), une femme sur trois est violée… Ce reportage, proche des victimes, nous place au cœur d’un drame humain. L’armée congolaise et les groupes rebelles usent systématiquement du viol collectif comme arme face à leurs ennemis. Causant des traumatismes irréversibles et propageant largement le virus du sida.

A voir ici, en FULLSCREEN évidemment !

Les photos sont de Kate Geraghty et elles valent le détour par Sydney.

Hommage aux journalistes de tous bords

Les journalistes sont souvent pris pour cible lors d’enquête dérangeante ou pour les demandes de rançon. Photojournaliste est la profession qui recense le plus de morts pendant l’exercice. Les risques sont bien différents en fonction du pays et du média utilisé ainsi il semble normal de rendre un hommage à ces hommes et femmes qui ont perdu la vie pour l’information, la photo juste ou plus simplement pour exercer leur métier.

Ce site permet de trouver ces journalistes de presse écrite, de radio et bien sur les photographes, en fonction de l’année, de leur nationalité ou du lieu de décès. Des informations détaillant les conditions de travail (parfois de meurtre) du journaliste sont souvent ajoutées à la bio.

En bref, c’est pas très joyeux mais il fallait un bel hommage pour satisfaire les curieux et les passionnés d’histoire du (photo)journalisme.